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006 LES FACTEURS DE CROISSANCE. Partie 2.3 Les micro-organismes dans le milieu de culture et Partie 2.4 Rempotage.

Article de Rune Kyrdalen [1]

Partie 2.3 Les micro-organismes dans le milieu de culture

Dans le milieu de culture nous trouvons des bactéries et des champignons qui mettent les engrais que nous fournissons à la disposition des racines des plantes. Il est donc important que nous leur donnions de bonnes conditions de croissance pour que les plantes puissent exploiter les nutriments. En particulier les champignons qui vivent en symbiose avec les racines des arbres sont favorables à l’accroissement d’utilisation des nutriments disponibles. Ceux-ci sont appelés mycorhizes ou mycélium.

Mycorhize ou mycélium est une symbiose entre un champignon et une plante verte. Dans cette relation symbiotique les champignons prennent les nutriments et l’eau du sol ce que fait aussi l’arbre. En retour la nutrition carbonée du champignon est assurée par l’arbre. Les champignons ne sont pas en mesure d’assimiler le dioxyde de carbone (il n’y a pas de photosynthèse) et doivent donc obtenir la nutrition carbonée par d’autres moyens. Il est possible que le champignon puisse également recueillir et décomposer des composés organiques azotés que les arbres ne pourraient pas exploiter par ailleurs. On estime que la plupart des espèces ont ce type de symbiose avec une ou plusieurs espèces de champignons.

Lorsque nous parlons de champignons et de plantes nous pensons souvent à des maladies. Il y a de nombreux types de champignons qui ne donnent pas de symbiose avec la plante-hôte mais sont des parasites qui la privent de nourriture. D’autres champignons vivent dans une relation où le champignon tire avantage de la plante-hôte, tandis que l’hôte ne tire pas avantage du champignon, mais n’est pas endommagé par sa présence. D’autres champignons encore sont des décomposeurs et se nourissent de matière végétale morte.

Dans ce qui suit, je vais discuter des champignons qui forment des symbioses avec leur plante-hôte. Pour les arbres qui poussent dans des conditions de croissance idéales, ce n’est pas cette relation symbiotique qui est essentielle pour la santé des arbres tandis que dans un sol pauvre en éléments nutritifs, la formation de mycorhizes peut être une nécéssité pour que les arbres puissent vivre. La question évidente est de savoir si le milieu de culture que nous utilisons dans les pots de bonsai fournit les conditions de croissance idéales pour l’arbre. La réponse ici est non.

Les racines qui sont piégées dans un pot à bonsai sont loin d’être dans des conditions de croissance idéales et un arbre ne vivrait pas longtemps sans la surveillance constante d’un "enthousiaste" du bonsai. Les racines sont exposées à des différences de température extrèmes et le milieu de culture se déssèche très rapidement dans un petit pot.le milieu de culture est souvent largement inorganique (argile,pierre ponce,lave,sable) et les éléments nutritifs disparaissent rapidement du milieu de culture avec l’arrosage. C’est précisément dans ces conditions de croissance que les mycorhizes peuvent être très utiles pour la santé des arbres.

Une opinion commune est que la mycorhize est très spécifique à l’espèce, ce n’est pas vrai. En règle générale les champignons sont peu spécialisés par espèce bien que certains se spécialisent sur une ou quelques espèces.
L’amanite tue-mouche (Amanita) vit en symbiose avec, à la fois, le pin, l’épinette de Norvège, le bouleau et le mélèze tandis que le "champignon du mélèze" (Suillus grevillei) est presque toujours lié au mélèze. Le bolet orange du bouleau (Leccinum rufescens) est associé avec le bouleau et le bolet du peuplier (Leccinum auriantiacum) au peuplier faux-tremble. Les aulnes noirs et gris ont quelques nodules comme des tubercules sur les racines. Dans ceux-ci vit un champignon en faisceau (Actinomyces alni) qui a la capacité d’absorber directement l’azote de l’air. Ceci est bon pour les aulnes qui obtiennent un approvisionnement abondant en azote et peuvent s’offrir le luxe de perdre les feuilles à l’automne alors qu’ils sont encore verts. C’est également valable pour une partie de l’azote qui à la chute des feuilles est déplacée dans le bois et y est stocké. Cela contribue à créer les couleurs d’automne des feuilles. En outre l’argousier (Hippophae rhamnoides) et le myrte des marais (myrica gale) à travers la symbiose peuvent bénéficier de l’azote libre de l’air.

Nous distinguons deux principaux types de mycorhizes. Les mycorhizes endotrophes qui se développent à l’intérieur du tissu cellulaire de la racine et ne sont pas visibles à l’oeil nu et les mycothizes ectotrophes qui ajoutent comme une gaine blanchâtre autour des racines et de leurs extrémités et pénètrent entre les cellules.

Le mycélium augmente l’efficacité de l’absorption de l’eau et des nutriments en grande partie parce qu’il augmente l’absorption d’eau de surface des racines de façon spectaculaire. Le tissu cellulaire fongique (mycélium) se compose de quantités massives de minces filets dont la surface est plusieurs fois supérieure à la surface des racines absorbant l’eau. Le mycélium se développe également plus rapidement que les racines et remplit le pot assez vite, de cette manière il peut aider les nouveaux arbres recueillis avec de petites racines à récupérer plus rapidement après le prélèvement.

Il a été montré que le mycélium réduit la vulnérabilité des arbres aux maladies en réduisant le stress du aux facteurs environnementaux qui autrement affaibliraient le système immunitaire de l’arbre et le rendraient vulnérable aux attaques des insectes et des bactéries.
Le mycélium peut utiliser les éléments nutritifs stockés à l’intérieur des particules qui sont trop petites pour permettre aux racines d’y pénétrer et absorbe les nutriments qui y sont disponibles ce qui conduit à une absorption accrue de micro-nutriments très variés.
Le mycélium contribue également à maintenir et à améliorer la structure du milieu de croissance en séparant les déchets qui collent ensemble les petites particules et les grandes particules dans le milieu de culture.

Comment pouvons nous faire croître le mycélium dans les pots à bonsai.

La plupart des arbres qui poussent à l’état sauvage ont déjà une relation symbiotique avec une ou plusieurs espèces de champignons. Lorsque nous recueillons des arbres, il est important de ne pas enlever toute la terre autour des racines afin de préserver autant de mycélium (et également pour ne pas déranger/stresser les racines plus que nécessaire). Dans la plupart des cas nous n’avons pas à penser à cela, mais dans certaines situations les arbres n’auront pas de mycélium parce qu’ils vivent dans des conditions de croissance défavorables aux champignons. Les arbres qui sont prélevés dans des zones très humides ou marécageuses n’auront généralement pas de mycélium parce que les champignons ne se développent pas dans ces environnements. Dans ces cas, nous devrions introduire du mycélium d’autres arbres de même espèce, soit en recueillant un peu de terre autour des troncs d’arbres qui vivent à l’état sauvage dans les zones où nous savons qu’il y a des champignons et en la mélangeant dans le milieu de croissance de l’arbre nouvellement collecté, soit prendre le mycélium d’autres arbres de cette même espèce.

Pour partie,les aiguilles de pin compostées prélevées dans la nature ont souvent du mycélium et c’est pouquoi elles sont bénéfiques en mélange dans le milieu de culture pour les arbres qui n’ont pas de mycélium. Je recueille les aiguilles de pin dans les petits chemins peu fréquentés le long des pinèdes. Dans ces zones on trouve souvent de grandes quantités d’aiguilles de pin partiellement dégradées qui peuvent être mises dans un sac et ramenées à la maison pour être utilisées dans le milieu de culture lorsque cela est jugé nécessaire. N’oubliez pas d’obtenir la permission du propriétaire avant la collecte.

Vous pouvez également recueillir les fruits de champignons connus pour fournir du mycélium, séchez les et mélangez les au milieu de culture destiné à la transplantation. De cette manière on apportera de grandes quantités de spores fongiques qui peuvent germer et former du mycélium.

Par la transplantation nous enlevons une grande partie du milieu de croissance et de la masse des racines et donc faisons disparaître une grande partie du mycélium. Tant que l’arbre n’est pas complètement racines nues il y aura toujours du nouveau mycélium dans la motte probablement en quantité suffisante pour coloniser le nouveau milieu de culture assez rapidement, mais ça ne fait pas de mal de se placer du côté "sécuritaire" et de mélanger une partie du mycélium de l’ancien milieu de croissance dans le nouveau. Vous pouvez également prendre une partie du chevelu, coupée et séparée en petits morceaux, et la mélanger au nouveau milieu, car il peut y avoir un mycorhize endotrophe qui n’est pas visible. Si l’on soupçonne qu’il pourrait y avoir une sorte de maladie dans le mélange de terres ancien, il est préférable d’ajouter le mycélium/chevelu d’un autre arbre de la même espèce qui est rempoté en même temps.

Partie 2.4 Rempotage

Lorsque les arbres à feuilles caduques, qui ont été en croissance dans le jardin, doivent être plantés dans un pot la plupart de la terre doit être enlevée autour des racines. La plupart des branches de ces arbres sont coupées au même moment et l’arbre n’en est pas endommagé. la couche de terre de croissance est généralement trop fine pour être appropriée à la culture en pot.

Par cette opération on sera en mesure de bien inspecter le système racinaire et de l’améliorer en coupant les racines qui sont trop épaisses ou qui poussent dans un angle impropre à partir du tronc. Cela devrait être fait à chaque rempotage pour améliorer constamment la façon dont les racines s’étalent à partir du collet et pour former un système racinaire superficiel.

A chaque replantation d’arbres qui ont été collectés à l’origine dans la nature, la partie de la terre appartenant à son habitat d’origine
naturel devrait être retirée des racines parce que cette terre est souvent très fine et ne convient pas à la culture en pot. De cette manière, les racines vont pouvoir exploiter la totalité du volume du pot lors de leur croissance. Voir aussi le paragraphe ci-dessus sur le mycélium. Toutefois il convient d’éviter de couper les racines plus que nécessaire sur ces arbres, arbres souvent âgés et qui n’ont pas le même potentiel que les jeunes arbres et prendront plus de temps pour développer de nouvelles racines. Il est préférable de "presser" les racines dans le pot car elles sont les sources du chevelu.
Les vieilles racines épaisses qui restent après que les racines aient été coupées lors du prélèvement ne fournissent pas l’arbre en eau et en nutriments et sont donc inutiles pour l’arbre. Elles prennent de la place dans le pot et doivent être supprimées pour faire d’avantage de place au milieu de culture et à un nouveau chevelu.

jeudi 8 mars 2012, par Jean Devillers

Notes

[1Publié avec l’autorisation du site Norskbonsaiselskap et traduit du norvégien(bokmål) par J.Devillers