Bonsaï-club du Lauragais
votre club de bonsaï du sud toulousain

Une occupation d’après-midi d’hiver (I)

Horst Daute, Journal Bonsai N°1,16-20 (1985).

Que fait un fan de bonsai fervent par une journée sinistre d’hiver, quand tous ses travaux obligatoires ont été faits ?
Après que la dernière taille de mise en forme en automne ait été faite, que les feuillus et les conifères aient été nettoyés et libérés des traces fanées de l’été pluvieux et placés dans leur quartier d’hiver, que reste-t-il ? L’arrosage est réduit au minimum, les seules considérations critiques régulières et bienveillantes ne peuvent pas satisfaire à la longue.
Pourquoi alors ne pas utiliser ce temps mort à l’élaboration d’une oeuvre d’art ?
Ce n’est en réalité pas si difficile. Justement le temps de repos des végétaux est la condition préalable d’un travail couronné de succès en tant qu’intervention dans leur processus naturel de vie. Et si,en hiver, vous pouvez préserver vôtre bonsai des plus durs facteurs climatiques par une protection possible, un lieu à l’abri du gel, il reste des sujets de travaux profonds comme la taille et le rempotage qui n’ont pas pu être faits pendant les périodes courtes de l’automne et du printemps. Une condition préalable reste naturellement le procédé convenable, mais celà peut s’apprendre.
Nous voulons mettre en forme un cyprès "Coquillage" (NDT:c’est un des noms que les Allemands donnent au faux-cyprès.) d’environ 30 ans et en faire un bonsai. Il est clairement identifié en botanique comme Chamaecyparis obtusa avec comme nom de variété nana gracilis.
"Nana" le signale comme un arbre de variété naine ; le supplément "gracilis" se rapporte à un cultivar à feuillage particulièrement fin.
Ce conifère très aimé dans nos jardins ou librement dépoté pousse incroyablement lentement ; il s’écoule des dizaines d’années jusqu’à ce que finalement il donne un arbre de la hauteur d’un homme. Il est connu aussi sous le nom de cyprès Hinoki.
Il est volontiers utilisé au Japon, à côté d’autres faux-cyprès, pour la culture du bonsai, parce que son feuillage fin et écailleux, aux pointes vert clair et sa croissance lente en font un matériau végétal idéal.

Avec la griffe à racines,la motte de racines est démélée de tous les côtés avec précaution et réduite par une taille des racines.
La couronne est éclaircie et le sommet est étêté au dessus d’une branche.
Chamaecyparis obtusa "nana gracilis" (Muschelzypresse en allemand) d’environ 30 ans,hauteur 120 cm, en tant que plante en container avec une motte saine qui va être mise en forme comme bonsai.

Les cyprès " Hinoki " sont des matériaux végétaux ideaux


Les jeunes plants apparaissent aussi souvent déjà si ressemblants à des arbres que les pépinières les plus ingénieuses du pays et surtout des pays à fleurs extérieurs situés au nord-ouest, compriment à nouveau de tels "bonsai" dans des pots de fleurs desquels aucune eau ne peut sortir - on vous le garantit - ça serait d’ailleurs aussi mauvais pour le rebord des fenêtres et les écouler très chers dans les grandes surfaces. Le Journal Bonsai éclaircit cela.
Notre "cyprès-coquillage"- sérieusement- ne prétend pas être un bonsai. C’est pourquoi nous allons lui laisser encore un peu de temps. Dans une pépinière il est,à longueur d’année,planté, changé de place, arrosé, nettoyé et finalement planté dans un grand container pour déménager vers un lieu final assez indépendant de la saison.
De tels arbres en container sont franchement idéaux pour nos fins parce qu’ils ont une motte de racines compacte et relatiuvement petite qui se laisse réduire sans danger la plupart du temps, même si les plantes elles-mêmes sont un peu plus chères. Les vieux cyprès-coquillages sont, en raison de tous les soins qu’ils ont reçu à longueur d’année naturellement pas bon marché surtout quand ils ont poussé si beaux comme nôtre exemplaire. Ne vous étonnez pas si un fier directeur de pépinière vous demande 500 Marks pur un sujet comparable au nôtre.


Les arbustes en container sont idéaux pour nos fins.


Lors de l’achat, j’ai eu la chance de devoir choisir entre de nombreuses belles plantes. Dans un tel cas, en vue des décisions ultérieures, je fais surtout attention à trouver un tronc puissant sans vilaine cicatrice d’ "amélioration" de telle sorte que les cyprès-coquillages seront souvent souvent entassés dans un lieu de croissance accélérée. Parmi cent exemplaires de jeunes plants je n’en ai pas trouvé plus d’un ou deux qui finalement avaient poussé assez différemment et satisfaisaient mes prétentions
Les pépinières établies, consacrées, ne réagissent pas bien quand,là, quelqu’un,sur ses genoux, traîne dans leurs réserves et n’est satisfait de rien.


Mise en forme


La plante est sur la table de travail, un pot suffisamment plus grand avec du grillage et des fils de fixation et l’outillage est prêt : une griffe à racines pour ameublir la motte racinaire, une pince concave pour étêter les branches fortes et les racines, un ciseau pour les branches et les racines plus petites, de la terre et une petite pelle, un peu de gravier pour le drainage et,très important, du mastic pour fermer les plus grosses cicatrices de coupe.


Le choix de la face avant n’est pas toujours une chose claire.


Maintenant, avant que je commence à enlever une branche quelconque, il faut déterminer clairement la face avant du bonsai à travailler. La plupart du temps s’offre tout de suite une face avant naturelle "en or", sans horribles trous dans la couronne bien épaisse ; Mais attention nous ne voulons pas tout de suite tailler une boule fermée, mais donner forme à un bonsai. De nombreux rameaux et aussi grosses branches seront encore enlevés et , soudainement, tout pourra avoir une allure différente. La croissance de la plante à l’intérieur de la couronne devra être étudiée de près. Dans la partie inférieure du tronc les branches fortes devront pousser latéralement ; vers l’arrière je ménage également quelques branches fortes pour donner de la profondeur.
Pour l’observateur, la plante doit être un peu ouverte de telle sorte que la forme du tronc apparaisse bien visible. Dans sa partie supérieure l’arbre doit s’incliner légèrement vers l’avant. Naturellement, pour finir on ligaturera, mais tout cela ce sont des considérations dépendantes en grande mesure du choix de la face avant.
Dans ce cas concret on a affaire à une forme "double tronc" et le hasard a voulu que les longueurs et les diamètres des deux troncs soient dans un rapport très harmonieux. Pourquoi harmonieux : parce qu’il serait affreux si les deux troncs étaient de même longueur ou l’un très dominant et l’autre sous-développé
Dans nôtre cas, l’impression est positive et, à la vérification, il se trouve à nouveau en gros qu’ils sont dans la proportion du nombre d’or que l’école de la nature nous a enseigné. Traduit en chiffres, c’est très simple : la longueur du tronc a est en proportion de la longueur du tronc b comme 1,6 à 1

Une des deux branches qui poussent parallèlement doit être supprimée.
L’arbre est mis en place dans le pot préalablement préparé, fixé par les fils tirés à travers les trous d’évacuation, puis les racines sont recouvertes de terre.
Pour une meilleure cicatrisation, les grosses entailles sont enduites de baume de laque.

a : b = 1, 6 : 1


Quand le rapport de taille des deux troncs, dans une forme "double-troncs", ne "colle" pas, je ne peux que rechercher à rétablir une image harmonieuse par la réduction importante. Mais d’un tronc, ou bien je dois avec la pince concave faire du double-tronc bancal un simple tronc normal. Mais quand, dans l’ensemble, s’offrent encore deux faces avant, les départs de racines peuvent jouer un rôle décisif quand ils apparaissent particulièrement attractifs sur un côté. Je laisse aussi les branches, soulève la plante de son pot et commence avec la griffe , avec précaution à enlever la terre par couches successives autour du tronc car les plus forts départs de racines, comme si souvent, sont cachés sous la surface de la terre. Après quelques cm, je me heurte à un entrelac que la motte a pu, dans les premières années, constituer alors qu’elle était moitié moins grosse. comme de plus je ne voulais pas la réduire et que le fil ne pouvait pas rester en terre, je le libérai et le rejetai.
La motte ,au dessous, est solide et fortement traversée de racines et je me propose de ne pas la réduire pour le moment, ce serait trop dangereux parce que je vais réduire aussi : la masse du feuillage à à peine la moitié : la proportion doit être respectée.
Je trouve sur le côté de jolis départs de racines, pour lesquels je ne m’étais dailleurs pas décidé. Le tronc le plus court sera sur le côté gauche, un petit peu devant le tronc principal et fera avec lui une couronne commune.


Taille de mise en forme.


Ce qui vient maintenant est, dans une large mesure, du travail de routine. Pour pouvoir bénéficier d’une image claire de la constitution de la plante, j’enlève de l’enchevêtrement de la couronne de l’arbre toute une quantité de branches à savoir :

1.
Toutes celles qui ressortent du premier quart du tronc, parce que son pied doit être bien visible et que son caractère d’arbre ancien pourra être ainsi souligné très efficacement.

2. Toutes celles, sauf une, qui poussent parallèlement près les unes des autres ou s’entrecroisent.

3.Les branches qui poussent directement vers le haut ou vers le bas.

4. Toutes les branches ,sauf une, qui sortent d’un même point du tronc ou sur une bosse.

5. Et finalement toutes les branches qui ,tout d’abord, poussent sur le côté et reviennent croiser le tronc

Le premier travail est terminé. Le bonsai "brut" est mis en pot et bien arrosé. Pour une mise en forme complète nôtre nouveau bonsai doit maintenant encore subir quelques corrections de forme à l’aide de ligatures. La hauteur du bonsai est maintenant de 90 cm.

Mais il y a des exceptions à la règle : quand une branche au second coup d’oeil apparait si utile qu’il ne faut pas y renoncer, je peux cependant la mettre en place par ligature. Surtout, en cas de doute, de préférence, je laisse d’abord la pince au repos et prend la décision au dernier moment. J’ai raccourci un bon peu les deux troncs parce qu’il s’est progressivement révélé que la proportion entre les hauteurs des arbres et leurs diamètres était trop défavorable En outre une des branches supérieures fera plus tard fonction de cime
La mise en forme de la structure de base trouve sa fin dans le travail grossier du profil. Les branches qui sortent loin de la couronne fermée, doivent être, autant que possible, enlevées maintenant car elles pèsent sans nécessité sur le contenu d’humidité de la plante affaiblie.
Toutes les plus grosses cicatrices de taille doivent être fermées soigneusement avec du mastic que chaque professionnel tient prêt soit en tube soit en petite boîte. Remis en pot, ancré dedans avec des fils, le cyprès-coquillage,que l’on doit maintenant appeler bonsai, sera arrosé de façon pénétrante de telle sorte que la terre adhère bien aux racines. Parce que le ligaturage impliquera pour vous une fatigue ultérieure, nous vous donnons, entre temps, une petite pause de répit, c’est à dire jusqu’au prochain Bonsai Journal.

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mardi 16 juin 2020, par Jean Devillers